Comment se nourrit le varroa

Le varroa a été méconnu pendant longtemps.

Jusqu'en 2018, on a cru qu'il se nourrissait de l'hémolymphe de l'abeille. Et pourtant, un chercheur américain, le Dr Samuel Ramsey s'est penché sur le sujet. Il s'est rendu compte que cela n'avait jamais été prouvé. Et pire... Le chercheur a démontré dans sa thèse que l'on s'était trompés. Le varroa ne se nourrit pas d'hémolymphe mais de tissus adipeux. Et ça change tout !

On comprend maintenant mieux les mécanismes d'effondrement de colonies et les effets du varroa sur l'abeille.

Qu'est-ce qu'une symbiose ?

Varroa jacobsoni et Apis cerana (l'abeille asiatique) ont vécu en symbiose pendant des millions d'années. Le varroa avait conclu une sorte de pacte avec cette abeille. Il pouvait parasiter les faux-bourdons (les mâles). En revanche, il était systématiquement éliminé dès lors qu'il s'attaquait aux ouvrières ou à leurs cellules de couvain. Ainsi, les deux espèces vivaient en équilibre.

Normalement, une symbiose est une relation donnant-donnant. C'est-à-dire qu'une espèce va vivre aux dépens d'une autre en lui rendant un service. Dans le cas du varroa, ce n'est pas tout à fait le cas. Car le varroa ne fournit pas de service à l'abeille asiatique. Il vit à ses dépens mais sans pour autant provoquer l'effondrement de la colonie.

Malgré tout, une relation qui profite seulement à une espèce est appelée une symbiose parasitaire.

Un exemple de symbiose entre un pluvier qui débarrasse le crocodile des restes de viande lui évitant des infections. Le pluvier est surnommé le dentiste de la jungle.

Avec Apis mellifera (l'abeille européenne), c'est différent. Elle n'a pas appris à détecter le parasite, ni à s'épouiller. Car elle vit avec le varroa seulement depuis quelques dizaines d'années. Par conséquent, une fois que le parasite s'est introduit dans la colonie, il se multiplie. Sans moyen de contrôler sa prolifération, la colonie s'effondre. Elle meurt souvent à l'automne.

Ici, on ne peut plus parler de symbiose. Le parasite s'autodétruit également en même temps que son hôte...

De quoi se nourrit le varroa ?

On s'est longtemps trompés. Pendant des dizaines d'années, on a pensé que le varroa se nourrissait de l'hémolymphe de l'abeille. Cette croyance était due au fait que le varroa est un lointain cousin de la tique qui se nourrit du sang des mammifères. Le Dr Ramsey a consacré sa thèse à montrer que le varroa se nourrissait uniquement de tissus adipeux.

On pensait aussi que le varroa causait des dégâts uniquement en transmettant des virus. Mais le varroa provoque des dégâts bien plus directs. En consommant et digérant les tissus adipeux, il provoque des lésions graves. Le système immunitaire de l'abeille ainsi que ses activités métaboliques sont complètement bouleversés...

Comment se camoufle le varroa

Le varroa est un acarien prodigieux. En effet, la cuticule de l'abeille est composée d'une cinquantaine de composés lipidiques (des hydrocarbures). Ils servent à la communication chimique. Les abeilles sont capables d'identifier l'âge ou l'espèce d'un individu. Cela leur permet aussi de détecter les intrus et les parasites dont la cuticule est différente.

Le varroa est comme un caméléon. Alors que le caméléon change de couleur instantanément, le varroa adopte une stratégie similaire. Il est capable de mimer les hydrocarbures cuticulaires. Ainsi, il échappe à l'épouillage des abeilles entre elles. L'abeille est incapable de détecter le varroa sur son propre corps ni sur celle de ses congénères.

Le caméléon, comme le varroa, est capable d'un mimétisme instantané par rapport à son environnement.

Une fois installé sur l'abeille, entre les tergites, le varroa est indétectable, un peu comme un caméléon.Une fois installé sur l'abeille, entre les tergites, le varroa est indétectable, un peu comme un caméléon.

Pourquoi vous voyez rarement des varroas dans vos colonies

"Je n'ai pas de varroa, car je n'en vois pas." C'est souvent une phrase que j'entends parmi les apiculteurs. C'est normal !

Le Dr Ramsey a montré que 95% des varroas se trouvaient sur le dessous de l'abdomen. Au contraire, seulement 5% des varroas se trouvent sur le thorax de l'abeille. Le dessous du ventre est une zone riche en tissus adipeux.

A gauche : les positions dans lesquelles sont retrouvés 95% des varroas phorétiques sont sur le dessous de l'abdomen. A droite : la position sur laquelle sont retrouvés 5% des varroas phorétiques.

Sur le thorax, le varroa est plus rarement présent mais plus visible. Il est en phase de dispersion plus que de nourrissement.

Le varroa se fixe sur l'abdomen de l'abeille, entre les tergites, aux endroits les plus riches en tissus adipeux.

Un petit calcul simple... Rappelez-vous que les varroas phorétiques (en dehors du couvain) ne représentent que 20% du total des varroas dans la colonie. Or, parmi les varroas phorétiques, seulement 5% se trouvent sur le thorax de l'abeille.

Si vous comptez 10 varroas sur le thorax d'une abeille en ouvrant une colonie, on peut estimer que cette colonie compte 200 varroas phorétiques, soit 1000 varroas au total dans la colonie !

Comment le varroa s'accroche à l'abeille, aspire et digère ses tissus adipeux

Le varroa est différent de la tique. La tique se nourrit du sang de l'abeille. Elle mord son hôte puis aspire son sang. C'est un parasite hématophage (qui se nourrit du sang d'autres animaux).

Au contraire, le varroa a un mode de digestion extrabucal. C'est-à-dire qu'il digère les tissus adipeux de l'abeille en injectant beaucoup, beaucoup de salive dans le corps de sa victime. Un peu comme le ferait une araignée. Puis il les aspire avec sa bouche une fois qu'ils sont liquéfiés.

Ici, la bouche du varroa est entourée de 2 petites palpes qui viennent s’enfoncer sous les tergites de l’abeille.



Le varroa possède aussi des palpes pour se déplacer. Il est équipé de 4 paires de palpes latérales, plus grandes que celles situées autour de sa bouche. Elles sont équipées de petits coussinets qui sécrètent un liquide adhésif. Ainsi, les varroas se déplacent sur le corps de l'abeille pour aller se nicher entre ses tergites. Une fois installés, des épines fixées sur sa carapace s'enfoncent dans le corps de l'abeille. Passé cette phase, le varroa est quasi indécrochable.

Autour de son exosquelette (ici autour de la carapace), le varroa possède des épines qui ressemblent à des poils. Elles permettent de s'enfoncer dans le corps de l'abeille pour s'accrocher.

Le varroa a de petits coussinets très sophistiqués au bout de ses palpes pour pouvoir s'accrocher. Lors d'un comptage varroa, le sucre glace empêcherait l'adhésif des coussinets d'être efficace.

Quel est le rôle des tissus adipeux ?

On a maintenant compris de quoi se nourrissait le varroa. Et les lésions qu'il provoque sont irréversibles pour les tissus adipeux de l'abeille. Ceux-ci jouent plusieurs rôles vitaux. En voici 6...

#1 Métabolisme et transformation de l'abeille au cours de sa vie

Le manque de tissus adipeux perturberait la métamorphose de la larve en abeille adulte. Ils sont indispensables dans ce processus. En se métamorphosant, la larve produit des enzymes. Ces enzymes produites permettent de désintégrer les organes larvaires. Les composants issus de cette désintégration sont absorbés par les tissus adipeux. Puis ils sont dispersés à travers le corps de la larve pour structurer les organes d'abeille adulte.

Le manque de tissus adipeux durant cette métamorphose aurait des conséquences sur la santé et la taille des abeilles adultes.

Note : La taille des tissus adipeux n'est pas constante au cours de la vie de l'abeille. Par exemple, les jeunes abeilles venant de naître, ou les butineuses, ont des tissus adipeux plus réduits. Ce manque de graisse est dû au changement de tâche ou de rôle dans leur vie (de larve nourrisseuse à ouvrière ou de jeune ouvrière à butineuse).

#2 Durée de vie des abeilles

Les tissus adipeux ont un rôle dans la réussite d'un bon hivernage. La vitellogenine présente dans les tissus adipeux des abeilles est une protéine qui réduit le stress oxidatif (le vieillissement). Par conséquent elle augmente significativement la durée de vie des abeilles d'hiver. On pense que le varroa viendrait chercher cette vitellogenine pour augmenter sa propre durée de vie. Des colonies infestées par le varroa à l'automne ont des abeilles d'hiver avec une durée de vie plus courte. Cette observation souligne l'importance d'avoir des colonies déparasitées avant la naissance des abeilles d'hiver qui commence fin août. Pour ça, un traitement flash à l'acide oxalique en été reste la meilleure méthode.

#3 Fonctionnement du système immunitaire

En plus de transmettre des virus à l'abeille, le varroa affaiblit son immunité. Car les tissus adipeux jouent un rôle dans le fonctionnement du système immunitaire. Le système immunitaire de l'abeille est lié à la quantité et la qualité des tissus adipeux. En cas de déficit de graisse, les abeilles sont plus susceptibles aux infections et aux virus.

#4 Détoxification des pesticides

Les tissus adipeux ont un rôle crucial pour la détoxification et séquestration des pesticides. Par conséquent ces tissus empêchent les pesticides d'atteindre les zones qui seraient dangereuses pour la santé de l'abeille. Des travaux récents ont montré que de faibles doses de pesticides qui auraient été sans danger ont causé des dommages a des abeilles parasitées par le varroa. Cette observation montre que le nourrissement du varroa affecte le processus de détoxification des pesticides.

#5 Synthèse et stockage des protéines et des lipides

Le rôle des tissus adipeux est est primordial pour la synthèse des protéines et lipides. Celà expliquerait pourquoi les abeilles adultes parasitées par le varroa au stade de larve ou de nymphe sont incapables de stocker le pollen consommé dans leur diète. On comprend mieux aussi pourquoi la synthèse de la gelée royale est empêchée...Par conséquent, les abeilles endommagées par le varroa sont incapable de nourrir les larves et d'assurer leur fonction de nourrice. Sans rôle particulier, le Dr Samuel Ramsey les appelle les abeilles zombie.

#6 Régulation de l’hydratation

Le varroa affecte la capacité de l'abeille à réguler son hydratation. On parle de dessication de l'abeille. ll semble que celà affecte sa capacité à survivre. Il a été estimé que pour chaque varroa femelle présente au stade de couvain, la larve ou la nymphe perdait 3% de son eau. Le varroa affecte l'abeille dès la nymphe dans la régulation de son hydratation.

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